Le système Kamar-Eddine (alphabet arabe)
Leçon 3 sur 4≈ 10 min
Avant le latin, l'arabe
Avant l'Alifube (1975-1978) et la norme officielle (2009/2019), le shikomori s'écrivait — quand il s'écrivait — en alphabet arabe adapté.
Le système le plus abouti est celui de *Saïd Kamar-Eddine, élaboré dans les années 1960. Il propose des adaptations ingénieuses pour transcrire les sons bantous qui n'existent pas en arabe*.
Ce n'est pas la norme institutionnelle actuelle — la République des Comores et Mayotte utilisent la norme latine 2009/2019 pour tout usage officiel. Mais le Kamar-Eddine reste vivant dans :
- Les cercles religieux (transcription de prières, chants soufis)
- Certaines familles savantes attachées à la tradition
- La calligraphie culturelle (titres de manuscrits, ornements)
Il est aussi lisible par les lecteurs âgés ayant été scolarisés en madrasa.
Adaptations principales
| Son shikomori | Solution Kamar-Eddine | Note |
|---|---|---|
| o (distinct de u) | ـه (ha) en suffixe | Désambiguïse o et u |
| e (distinct de i) | ـه (ha) en suffixe | Idem pour e et i |
| dz, ts (affriquées) | shadda (ّ) sur d ou t | Marque la complexité du son |
| ɓ, ɗ (implosives) | consonne arabe + diacritique spécial | Variable selon scribe |
| voyelles longues | alif / yāʾ / wāw d'allongement | Comme en arabe classique |
| nasales (â, ô…) | tanwin (nunation arabe) | Marque la nasalité |
Pourquoi le ـه (ha) pour /o/ et /e/ ?
L'arabe classique n'a que trois voyelles : a, i, u. Pas de /o/ ni de /e/ — qui pourtant existent en shikomori.
Kamar-Eddine a eu l'idée d'utiliser la lettre ـه (ha) muette en suffixe pour signaler :
- Que la voyelle précédente est /o/ (et non /u/)
- Ou que la voyelle précédente est /e/ (et non /i/)
C'est une convention orthographique — un peu comme le « h muet » du français qui ne se prononce pas mais marque une distinction (héros vs zéro). Sans cette astuce, moro (feu) et muro (rivière) auraient été graphiquement identiques en arabe.
Shialifube — l'outil de translittération
Pour les chercheurs et passionnés, il existe un outil TAL appelé Shialifube qui permet la translittération bidirectionnelle entre l'alphabet latin et le système Kamar-Eddine.
C'est utile pour :
- Numériser d'anciens manuscrits
- Préparer des éditions critiques de textes religieux
- Préserver le patrimoine calligraphique
L'outil n'est pas intégré à luhayini mais est référencé dans la communauté linguistique comorienne. À chercher en ligne sous « Shialifube ».
Note de prudence
Ce module ne vous apprend pas à écrire en Kamar-Eddine. C'est un système complexe qui demanderait un module entier à lui seul, et qui est de moins en moins enseigné.
Notre but ici : que vous sachiez de quoi on parle quand un texte ancien (ou un manuscrit religieux) vous est présenté en arabe adapté. Reconnaître les principes de base suffit pour :
- Identifier qu'un texte est en shikomori et non en arabe pur
- Solliciter un expert si vous voulez le lire intégralement
- Apprécier la richesse historique de l'écriture comorienne
Pratique
Pourquoi Kamar-Eddine utilise-t-il ـه pour /o/ ?
Parce que l'arabe classique n'a pas la voyelle ___.
La shadda sert à marquer…
…les ___.
Mini-quiz
Le système Kamar-Eddine date des années…
…___.
Exercice de mise en pratique
Dernière leçon du module : un exercice complet sur deux fragments authentiques de contes comoriens — un conte anjouanais et un conte ngazidja, à transcrire en notation 2019.
