Conte mahorais : Mtru maskini na imauti
Leçon 2 sur 5≈ 12 min

Un conte de la tradition orale
Le conte Mtru maskini na imauti — « L'homme pauvre et la mort » — est un récit emblématique de la tradition orale anjouanaise, transcrit par Mohamed Ahmed-Chamanga dans son recueil Rois, Femmes et Djinns — Contes de l'île d'Anjouan (L'Harmattan).
C'est l'histoire d'un homme si pauvre qu'il appelle la mort de ses vœux. Il tente de se suicider en sautant d'un arbre (un kapokier, mufi), mais Dieu amortit miraculeusement sa chute.
Thèmes : pauvreté, désespoir, providence divine, résilience.
L'histoire (synopsis)
Au milieu de la nuit, un homme pauvre, désespéré par la faim et la solitude, décide d'en finir avec la vie. Il se rend chez sa belle-famille pour mendier une dernière fois — sans succès. Découragé, il grimpe sur un grand kapokier et s'apprête à se jeter dans le vide.
À l'instant où il bondit, Dieu (Mwene-Mngu) intervient : il transforme l'air sous l'homme en coussin invisible, qui le dépose doucement au sol. Sauvé malgré lui, l'homme comprend que sa vie a une valeur qu'il ne soupçonnait pas — et qu'aucun désespoir n'est définitif.
Il rentre chez lui, transformé. La fin laisse entendre qu'il trouvera bientôt sa subsistance.
Vocabulaire clé du conte
| Mot | Sens | Note |
|---|---|---|
| mtru / mutru | homme, personne | shimaoré (mndru en Ng) |
| maskini | pauvre | emprunt arabe مسكين |
| imauti | la mort | emprunt arabe الموت (al-mawt) |
| Mwene-Mngu | Dieu | littéralement « le Maître-Dieu » |
| mfua | manger (forme dialectale) | variante poétique de hula/ula |
| mufi | kapokier | arbre tropical |
| mapesa | argent | pluriel de pesa, classe 5/6 |
| belle-famille | — | *hahundu mdruaho yakwe* dans le texte |
Lecture morale et théologique
Comme beaucoup de contes comoriens, Mtru maskini na imauti est explicitement religieux. La providence divine (Mwene-Mngu protège) est centrale. C'est cohérent avec une société profondément musulmane où la croyance en l'omniscience et la bienveillance divine est la trame de fond de la vie quotidienne.
Mais le conte est aussi anthropologique : il dit aux pauvres qu'ils sont vus, que leur vie a une valeur, que rien n'est définitif. Dans une société où la pauvreté est très visible, c'est un message social puissant.
Les enfants apprennent ce conte dès le plus jeune âge. Le récit dépeint la pauvreté sans la cacher — pédagogie d'acceptation et d'espoir.
Où trouver d'autres contes ?
Plusieurs recueils de référence pour aller plus loin :
- Ahmed-Chamanga, M. Rois, Femmes et Djinns — Contes de l'île d'Anjouan. L'Harmattan. Le recueil de référence anjouanais.
- Sibertin-Blanc, J.-L. Contes ngazidja. Recueil partiel publié dans diverses revues.
- Said, T. Contes et légendes de Mayotte. Recueils mahorais récents.
La transmission orale continue dans les familles, lors des veillées (kanga) ou des fêtes. Si vous avez la chance d'entendre un conteur natif, prenez le temps d'écouter — c'est une expérience irremplaçable.
Pratique
Le mot imauti vient de…
…l'___.
Mwene-Mngu signifie littéralement…
le ___-Dieu.
Mini-quiz
Le thème central du conte est…
…la ___ malgré le désespoir.
Cap sur la Grande Comore
Conte suivant : Hadithi ya Ibnaswia — un récit ngazidja, humoristique cette fois. L'histoire d'un homme affamé, d'un marchand de brochettes têtu, et d'une fin amère.
