Conte ngazidja : Hadithi ya Ibnaswia
Leçon 3 sur 5≈ 10 min

Le conte humoristique
Tous les contes comoriens ne sont pas tragiques ou édifiants. Beaucoup sont humoristiques, jouant sur l'absurde de situations quotidiennes, la rouerie d'un personnage, ou la naïveté d'un autre.
Hadithi ya Ibnaswia — « L'histoire d'Ibnaswia » — est un classique du shiNgazidja, transcrit par Jean-Luc Sibertin-Blanc. C'est l'histoire d'un homme qui veut manger des brochettes (mshakiki), d'un marchand pointilleux, et d'une transaction qui dérape.
L'histoire (synopsis)
Ibnaswia a faim. Il a quelques sous dans la poche. Il passe devant l'échoppe d'un marchand de brochettes (mhoha mshakiki — « celui qui grille les brochettes »).
Il demande des brochettes. Le marchand exige le paiement avant de servir. Ibnaswia paie. Le marchand met les brochettes sur le gril. Le temps passe. Les brochettes cuisent.
Ibnaswia attend. Et attend. Le marchand, méthodique, surveille la cuisson sans hâte. Ibnaswia, affamé, sort son pain (dipe) qu'il avait acheté plus tôt. Il commence à le manger — sans viande. Puis il finit son pain.
Quand les brochettes sont enfin prêtes, Ibnaswia n'a plus faim. Il a payé, mais il n'a plus envie de manger.
C'est une fable sur l'avarice du marchand (qui fait attendre son client) et la résignation joyeuse d'Ibnaswia (qui s'adapte plutôt que de se plaindre).
Vocabulaire clé du conte
| Mot | Sens | Note |
|---|---|---|
| hadithi | histoire, récit | emprunt arabe حديث (hadith) |
| mshakiki | brochettes (grillées) | spécialité comorienne |
| mhoha mshakiki | celui qui grille les brochettes | agent + objet |
| dipe | pain | emprunt français « du pain » |
| Ibnaswia | nom propre | « fils de Aswia » — prénom traditionnel |
| mfaume | sultan, roi | titre |
| mapesa | argent | pluriel |
Le mshakiki, plus qu'un plat
Le *mshakiki est emblématique de la cuisine de rue comorienne. Brochettes de viande (souvent zébu ou chèvre) marinées, grillées sur charbon, servies avec du dipe (pain) ou du gato* (gâteau salé).
Dans les villes comme Moroni ou Mamoudzou, on trouve des vendeurs de mshakiki le soir aux carrefours, autour des mosquées après la prière du Maghreb, ou près des terminaux de barge.
C'est aussi un marqueur culturel — manger du mshakiki ensemble, c'est passer un moment convivial avec des amis. Le conte d'Ibnaswia se moque gentiment d'un marchand qui aurait oublié cette dimension sociale du commerce alimentaire.
L'art du conteur
Les conteurs ngazidja sont réputés pour leur art du rythme et de la chute. Une histoire comme Hadithi ya Ibnaswia peut durer 30 secondes ou 30 minutes selon le conteur — qui peut détailler chaque seconde d'attente, chaque pensée d'Ibnaswia, chaque mouvement du marchand pour faire monter le burlesque.
Les contes sont souvent performés plutôt que simplement récités : voix, gestes, pauses, exagérations. Une représentation devant un public est un véritable événement.
Si vous avez l'occasion d'assister à une session de contes à Moroni, à Anjouan ou à Mayotte, ne manquez pas : c'est l'oralité comorienne dans son état le plus pur.
Pratique
Hadithi vient de l'arabe et signifie…
…___.
Le mshakiki est…
…des ___.
Mini-quiz
À la fin du conte, Ibnaswia…
…___ ses brochettes.
Du vocabulaire culturel
Quelques mots qui ne se traduisent pas vraiment en français mais qu'il faut connaître pour comprendre la culture comorienne. La leçon 7.4 vous en présente une sélection.
